Mon soutien psy : ça fonctionne comment ?
Depuis sa création en 2022, le dispositif Mon soutien psy (anciennement Mon Psy ou Mon Parcours Psy), dont l’objectif est de faciliter l’accès aux soins psychologiques, a connu plusieurs évolutions. Pour autant, les critiques à son encontre demeurent vives au sein de la profession. Faisons un point sur son fonctionnement aujourd’hui (quelle prise en charge, bilan de la mesure, reproches, etc.) ?
Qu’est-ce que Mon soutien psy ?
Mon soutien psy est destiné aux personnes en souffrance psychique légère à modérée (à partir de 3 ans). Il s’agit d’un dispositif de prise en charge des consultations avec un psychologue conventionné, permettant :
📌Un remboursement jusqu’à 12 séances par an, pour toute personne à partir de 3 ans en souffrance psychique légère à modérée.
📌Une absence d’ordonnance obligatoire : il est possible de prendre directement rendez-vous avec un psychologue conventionné sans passer par le médecin traitant.
📌Une prise en charge financière à hauteur de 60 % par l’Assurance Maladie et 40 % par la mutuelle santé (si vous avez une mutuelle responsable, comme LML - environ 98 % des contrats de mutuelle santé sont responsables aujourd’hui), ce qui rend les séances gratuites pour l’assuré dans ce cadre.
📌Un tarif encadré : chaque séance est facturée 50 € maximum.
Depuis 2024-2025, le dispositif a renforcé l’accès (plus de séances et accès direct) pour répondre aux besoins du terrain, mais aussi aux plaintes des psychologues qui dénoncent son insuffisance sur plusieurs niveaux.
Un dispositif qui a su (un peu) évoluer
Accès plus facile aux soins psychologiques
Avant Mon soutien psy, le remboursement de séances chez un psychologue n’existait pas de façon généralisée — la Sécurité sociale ne couvrait généralement que les psychiatres ou nécessitait une mutuelle spécifique (LML, par exemple, proposait - et elle le fait toujours - de rembourser une partie de ces consultations).
Aujourd’hui, ce dispositif permet à beaucoup de personnes qui n’auraient pas consulté faute de moyens de bénéficier d’un accompagnement psychologique. On estime d’ailleurs que près de 40 % des Français qui en avaient besoin n’avaient jamais consulté de psychologue. Selon l’Assurance maladie, à la fin du mois de septembre 2025, plus de 900 000 patients ont déjà bénéficié du dispositif, représentant 4,9 millions de séances réalisées sur l’ensemble du territoire.
Un fonctionnement plus adapté
L’accès au dispositif a été assoupli : le passage préalable par un médecin, qui pouvait constituer un obstacle pour certains patients, n’est désormais plus requis. Par ailleurs, le nombre de séances prises en charge a été porté de 8 à 12 par an, ce qui offre un peu plus de marges de manœuvre pour un suivi psychologique. C’est l’un des griefs formulés par les praticiens, qui redoutent que le dispositif n’encourage des prises en charge psychologiques trop précipitées.
Une collaboration intensifiée entre professionnels de santé
Au-delà de l’apport clinique, Mon soutien psy a favorisé l’émergence d’une collaboration plus étroite entre médecins et psychologues, jusque-là peu formalisée. Les échanges se sont intensifiés et les pratiques harmonisées, au bénéfice direct des patients. Aujourd’hui, le dispositif semble intégré dans la pratique des médecins généralistes (mais encore faut-il qu’ils aient, dans leur entourage, un psychologue conventionné). Le Dr Sarah Longé, médecin généraliste, évoquait le dispositif en ces termes dans un article de la revue What’s Up Doc, daté du 25 novembre : « Avec certains psychologues, on échange régulièrement pour faire un point sur un patient. C’est simple, rapide, et très utile pour ajuster la prise en charge. » Avant de conclure “Mon soutien psy rend service à la population et améliore la qualité du suivi. C’est un succès, et il faut le faire vivre ».
Cet enthousiasme n’est toutefois pas partagé par tous. Si le dispositif a évolué pour corriger certains de ses défauts initiaux, ces ajustements sont restés essentiellement techniques. Aucune remise en question structurelle ni amélioration de fond n’ont, à ce stade, été engagées. Or nombreux sont les psychologues à remettre en cause le concept même du dispositif et son fonctionnement intrinsèque.
Limites et critiques de Mon soutien psy
Un ancrage limité
Certes, plus de 7 500 psychologues partenaires participent aujourd’hui au dispositif, mais rappelons que 86% des psychologues éligibles n’y font pas partie. Les psychologues ont dans leur grande majorité rejeté le dispositif.
Un dispositif “peu adapté” et qui “rate sa cible”
La Convergence des psychologues en lutte, qui fédère 21 collectifs et affirme représenter « un quart de la profession », a vivement critiqué le dispositif Mon soutien psy dans une lettre ouverte adressée en novembre dernier à l’Assurance maladie. Elle y estime que le programme est « inadapté » et « manque sa cible ».
Pour étayer son propos, la fédération avance plusieurs chiffres issus, selon elle, de données de l’Assurance maladie : en moyenne, seules 4,8 consultations sur les 12 prévues seraient effectivement réalisées ; 75 % des patients quitteraient le dispositif avant la huitième séance ; et « à peine 10 % » des bénéficiaires seraient en situation de précarité, un résultat jugé très éloigné des objectifs initiaux.
Par ailleurs, le déploiement de cette nouvelle mesure s’est fréquemment opéré au détriment de dispositifs préexistants, pourtant fonctionnels et efficaces, soutenus et financés par les Agences régionales de santé et solidement intégrés au tissu socio-médical local.
“De la poudre aux yeux”
Les psychologues dénoncent non seulement la manière dont le dispositif a été conçu, mais aussi l’image qu’il véhicule de la prise en charge psychologique, assimilée à un produit de consommation rapide et uniforme. Il transforme “une offre de soin psychique en simple vitrine marketing, dépourvue de garantie d'être soigné, ne laissant que la possibilité de 'consommer' des séances de psychologie", appuie le collectif Manifestepsy, qui dénonce la vision d'un "humain à remettre 'sur pieds' en un temps record afin qu'il puisse de nouveau fonctionner, peu importe ce qu'il traverse intérieurement.
Les professionnels de santé libéraux se trouvent relégués au rôle de simples exécutants. Soumis à de multiples contraintes — tarifs, limitation du nombre de séances, entre autres — leur indépendance s’en trouve fragilisée, au service d’un dispositif à bas coût qui ne place pas la qualité des soins au premier plan. Isabelle Fargette, psychologue dans le Vaucluse, détaille dans une interview accordée au Journal La Provence : "Bien sûr qu'il faut une prise en charge accessible à chacun, il y a beaucoup de demandes. La société va mal et tout le monde n'a pas les moyens. C'est la manière de l'envisager qui ne convient pas. Déjà, avec le nombre de séances prévues (12) : c'est au psy, avec le patient, de choisir si c'est 2 ou 36. On veut nous imposer un protocole, le gouvernement veut paramédicaliser la profession. Cette façon d'organiser 'Mon soutien psy' sans nous est dégradante, humiliante."
Cette logique d’industrialisation du soin, portée par les autorités de tutelle, ne concerne malheureusement pas uniquement la prise en charge psychologique : elle traverse de nombreux autres champs de la santé. Le schéma est d’ailleurs toujours le même : un nouveau dispositif est présenté comme une réponse miracle à l’ensemble des difficultés, alors qu’en réalité il contribue surtout à promouvoir une santé à bas coût, accentuant l’émergence d’une médecine à deux vitesses.
LML soutient l’indépendance des soignants et des soignés
Chez LML, on n’a pas attendu la mise en place de Mon soutien psy pour rembourser, à nos adhérents, une partie de leurs consultations chez le psychologue. Par ailleurs, on n’a pas non plus cessé ces prises en charge une fois que le dispositif a été créé (beaucoup de mutuelles se sont désengagées des prises en charge qu’elles offraient jusqu’ici chez des psychologues libéraux). Dernièrement, nous avons même renforcé cette prise en charge psychologique en incluant, pour l’ensemble de nos contrats, des séances de soutien psychologique dans nos services d’assistance. Celles-ci se cumulent bien sûr avec les prises en charge déjà incluses dans nos contrats.
Nos adhérents peuvent donc bénéficier du dispositif Mon soutien psy et des forfaits mis en place sur nos offres. On aurait aimé pouvoir cumuler ces deux prises en charge pour une même consultation (l’assuré aurait été ainsi mieux remboursé), mais les contraintes du nouveau dispositif nous en empêchent. La Sécu impose aux assurés d'aller voir un psychologue conventionné. Au contraire, LML laisse ses adhérents libres de choisir leur soignant. Tout comme, elle prône la liberté tarifaire des professionnels de santé, afin qu'ils puissent assurer des soins de qualité (la mutuelle est là justement pour prendre en charge les compléments d’honoraires si besoin). Rappelons que le dispositif prévoyait, à ses débuts, une consultation à 30 euros, alors même que la profession dénonçait unanimement l’insuffisance de ce montant (une séance coûtant en moyenne 60 euros). Une prise en charge au rabais, ça n’a jamais rien de bon pour personne.