Les réseaux de soins, histoire d’un virus contagieux

Facebook 200 Twitter 0 Google+ 0 Linkedin 0 Mail

 

Bordeaux, Rennes, Lyon hier. La Corse, Grenoble aujourd’hui. Les différents collectifs et réunions de sensibilisation sur les réseaux de soins s’étendent de plus en plus au sein de l’hexagone.  Soit, mais il est important de regarder le passé, pour mieux entrevoir l’avenir. Ce qui touche les opticiens, finira par toucher toutes les professions de santé (Ils touchent même les chirurgiens orthopédistes, toucheront également les médecins, soyez-en certains).

Je vous propose, en tant qu’opticien, de suivre l’historique des réseaux de soins dans notre secteur, pour comprendre comment petit à petit ces organismes ont pris du poids tout en diminuant nos libertés, et aussi celle des patients.

Car c’est par là, que tout a commencé.

Jusqu’ici, tout va bien …

Il fut un temps, où les opticiens français étaient encore LIBRES. LIBRES de leurs choix. LIBRES de leurs destinées parce qu’aucun d’entre eux n’avait mis le nez dans la politique du tiers-payant. Le procédé étant le même de partout :

  • le client commandait.
  • le client payait.
  • le client se faisait directement rembourser par le biais de la Sécurité Sociale et de sa mutuelle.

Ainsi allait le monde de l’optique – sans trop s’en faire – en pensant naïvement que les choses demeureraient immuables et que les mots « avance de frais, remboursements différenciés voire réseaux de soins » ne seraient jamais prononcés.

Je me souviens des prémices de ce mal. De l’inoculation du bacille dans le corps de l’optique. De l’instant où, finalement, tout a commencé. Les années 1990 ont ainsi vu naître le développement d’un dispositif qui a paru alléchant : celui de faire rembourser directement les praticiens par les organismes complémentaires de santé en lieu et place des clients et patients.

Certes, personne n’évoquait encore la notion d’avance de frais. Cette notion qui, lentement mais sûrement, allait déresponsabiliser l’individu. Ce dernier pensant dès lors que sa mutuelle payait à sa place sans se douter que c’est dans le capital qu’il alloue à celle-ci chaque mois que les sommes sont tirées.

Assurément, mes confrères et moi n’y avons vu qu’un moyen commode permettant de soulager notre trésorerie et, éventuellement, de fidéliser une clientèle sans présager que nous nous engagions dans un lent processus qui ferait des OCAM (Organisme Complémentaire d’Assurance-Maladie)… les « Maîtres du jeu ».

Et encore, cela ne s’est pas fait sans heurt au tout début ! Les grandes enseignes, devenues – déjà – des habituées du système, étaient privilégiées par rapport aux petits indépendants. De là à penser que ces mêmes grandes enseignes en seraient à l’origine, il n’y a qu’un pas que je franchirais très hardiment.

Les prémices du mal

La fin du siècle a, elle, vu l’émergence du premier réseau baptisé Santéclair. Puis vint le tour, les années suivantes, de Itélis, Sévéane, Carte Blanche et enfin le dernier, Kalivia en 2009. Ces réseaux n’étaient alors pas très contraignants. Tout du moins à leur lancement quand la finance n’avait pas encore plongé ses mains dedans. Ce n’était alors que des regroupements de mutuelles qui se donnaient les moyens d’établir des plates-formes communes mises à la disposition des médicaux et paramédicaux afin de finaliser le dispositif du tiers-payant.

Vis-à-vis des opticiens, les prix des verres étaient négociés au cas par cas et, je dois dire assez satisfaisants dans l’ensemble dans la mesure où ils étaient très génériques. Peu ou pas d’appel d’offre, les premiers arrivés étant les premiers servis jusqu’à la clôture du numerus clausus dans le cas de réseau fermé. Encore une fois, chacun y trouva son compte. Personne n’y trouvait à redire. Personne n’avait vu que le bacille croissait, multipliait et se réorganisait pour donner naissance à un parasite dans le corps de l’optique, un parasite nommé « réseau de soins ».

Volonté délibérée des réseaux mutualistes d’englober l’ensemble de la population dans le concept du tiers-payant ? Je ne pense pas ! La chose s’est faite naturellement, tellement pratique pour les usagers, la carte mutuelle remplaçant la carte de crédit. Le mot «remboursement  se métamorphosant en «avance de frais». Il est d’ailleurs bon de noter que, dans l’esprit des réseaux et dans un avenir proche, les termes «avance de frais» se sont vu remplacer par «C’est nous qui payons !!!».

Quoi qu’il en soit, l’année 2013 a entièrement changé la donne. Réseaux de soinsDevenues acteurs incontournables,
les OCAM ont compris qu’elles pouvaient dialoguer directement avec les instances gouvernementales. Pire, les réseaux de soin, depuis quelques années, se sont aperçus que le fruit de la santé se révélait particulièrement juteux et que, en bon financiers à l’insatiable appétit, il eut été dommage de ne pas y goûter.

Le pouvoir grandissant des réseaux

L’optique a été un très bon laboratoire expérimental pour savoir jusqu’où ils ont pu aller et, il semblerait qu’au niveau des dentistes et des audioprothésistes, les mêmes recettes sont en train d’être appliquées.

Septembre 2013 et les mois suivants, l’optique a vu d’incroyables campagnes de dénigrements de la part des médias. « Lunettes trop chères », « marges fabuleuses », « opticiens s’engraissant sur le dos des mutuelles » ont été les crédos saignants à vif. A coup de reportages à charge. A coup de caméras cachées qui ne montrent que ce que l’on veut bien montrer. A coup de clients mystères poussant à la faute et d’études journalistiques se fondant sur des sources opaques et non divulguables, les opticiens ont été lâchement salis. Tout cela entaché évidemment de calculs de taux de marges non applicables à la profession.

Certains se sont vraiment donnés à cœur joie. Leur but ? Enfoncer notre profession toute entière. Qui de l’œuf ou de la poule ? Je me le demande bien dans la mesure où, de cette indignation générale, est née la Proposition de loi Leroux. Cette dernière, survenue peu de temps après et sans aucun encadrement en l’espace de trois lignes, a sabré, non seulement, le diplôme d’opticien mais jeté les bases d’une entière réglementation d’une profession au service du public par des organismes privés.

Votée le 27 janvier 2014, la loi Leroux, inique, a rendu entièrement légitime les réseaux de soins. Mais pas seulement. Elle a fait accepter que ceux-ci puissent pratiquer des remboursements différenciés. Elle a légalisé le fait qu’ils puissent être fermés et, à contrario d’autres paramédicaux, elle a entériné qu’ils puissent accepter un nombre limité d’opticiens en encadrant à la fois leurs prix mais aussi leurs prestations !

LE CADEAU EMPOISONNÉ

Depuis, les masques à présent jetés et vis-à-vis de l’optique, les réseaux de soins ont montré leurs vrais visages de financiers. Sans aucune négociation, l’opticien-adhérent signant l’appel d’offre se voit littéralement ligoté.Je suis libre corrigé

Au nom du zéro-reste-à-charge, vœu pieu s’il en est, les prix de ses verres, autrefois négociés, se sont vus drastiquement imposés en même temps que le choix des produits. Tout praticien doit désormais :

  • Se soumettre à des contrôles.
  • Oublier l’âme de son métier.
  • Voir ses conditions de garantie entièrement modifiées.
  • Faire examiner des pièces comptables de son entreprise
  • Acheter des outils dont il n’aura que faire.
  • Travailler pour pas cher pour le plus grand bénéfice des mutuelles des réseaux remboursant moins.

Nos obligations sont sans nombre, nos droits peu évoqués. Pire encore, ce n’est que le début ! Les années futures verront certainement les réseaux négocier directement avec les fournisseurs et réduire les opticiens à de simples intervenants sous-payés.

D’ores et déjà, les effets collatéraux apparaissent: Certains de mes confrères déposent, en masse, leurs bilans et certains verriers, non référencés par les réseaux en ont fait de même.

Qu’apporte le réseau de soin en échange ? Une simple délégation de tiers-payant. Qu’apporte le réseau de soin à l’optique et à la santé, en général ? En bon parasite, RIEN, mais, par contre, il en vit BIEN !!! Et pour cause, les cotisations des adhérents augmentent régulièrement pour un bien moindre remboursement.

Marisol Touraine peut exulter; A ses dires, les réseaux de soins ont fait baisser les prix des lunettes. Grossière erreur de sa part et ELLE LE SAIT; Les réseaux de soins, en augmentant leurs bénéfices n’ont font baisser qu’une seule chose: la qualité des produits !

Facebook 200 Twitter 0 Google+ 0 Linkedin 0 Mail

Laisser un commentaire