Comprendre la démographie médicale (Partie 2)

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Suite à l’Etat des lieux que nous avons fait sur la démographie médicale dans la partie précédente (cliquez ici), nous allons maintenant analyser ces chiffres et essayer de comprendre les enjeux, mais aussi les risques et dangers qui planent au dessus de nous, notamment à cause d’un renouvellement trop peu important des médecins, mais aussi des déserts médicaux qui compliquent grandement l’accès aux soins pour les patients et engorgent complètement les services d’urgence des hôpitaux.

 

Une population médicale vieillissante

Comme nous l’avons vu dans la première partie de cette analyse  la population médicale s’accroit, mais est vieillissante. En effet, 35% des médecins français en activité ont 60 ans ou plus. De ce fait, un problème va rapidement se poser (d’ici 5 ans environ) quand toutes ces personnes partiront à la retraite. Cela occasionnera un départ de près de 76.000 professionnels de santé qui ne seront en grande majorité pas remplacés au vu de l’augmentation plus faible de jeunes médecins.

Cela engendrera une véritable pénurie, tout d’abord au niveau de la médecine générale qui va voire ses effectifs drastiquement chuter. Posant de ce fait des problèmes d’accessibilité aux soins et surtout de l’orientation des patients vers les centres dédiés. En effet, les médecins généralistes sont censés être le premier recours médical de la population. Ils sont les « pivots » du système de santé français en orientant les patients vers les spécialistes si nécessaire. Sans eux, il n’y a plus que les urgences. Et elles sont déjà saturées.

Ensuite, ces départs vont grandement augmenter les délais d’attentes pour se faire soigner. Sachant que ce délai est la principale cause de renoncement aux soins, on peut justement penser que ce renoncement va s’intensifier, laissant courir de plus lourdes pathologies qui iront par la suite engorger les centres hospitaliers.

Mais pourquoi la population médicale vieillit ? La réponse est plutôt simple : il y a trop peu de nouveaux médecins qui s’installent par rapport à la masse déjà existante ainsi qu’aux départs des anciens. Le renouvellement n’est donc pas assuré. De plus, le taux d’augmentation de jeunes médecins diplômés ralenti. Sur la période 2007-2013, La population de médecins âgés de moins de 40 ans a augmenté de 3.1%. Sur la période 2013-2017, cette augmentation n’a été que de 2.5%. Nous observons donc un ralentissement de l’augmentation de la population de jeune médecin.

On peut émettre l’hypothèse que l’ouverture du numerus clausus serait un bon moyen d’introduire plus de soignants et de contrebalancer la hausse des départs à la retraite qui ne va pas tarder à arriver. Cependant, un médecin met entre 8 et 12 ans à se former. Ce qui pose un problème de timing puisque nous en avons besoin dans 5 ans. De plus, il existe aussi un problème d’attractivité de la profession libérale. Il y a, à ce jour, trop peu de médecins qui s’installent ou alors tardivement. En effet, nous avons besoin de plus de médecins libéraux pour reconstruire le maillage médical du territoire

 

Pénurie de médecins ? Ou mauvaise répartition ?

Au début de cette étude, on aurait pu croire qu’il existait une pénurie de médecins. En effet, les déserts médicaux, la difficulté d’accès aux soins, le renoncement aux soins dû au temps d’attente etc. sont des facteurs laissant penser à un manque de professionnels. Cependant, lorsque l’on regarde les chiffres, on voit qu’en 2017 il y a 3.5 médecins pour 1000 habitants. En 2007, il y avait 3.4 médecins pour 1000 habitants. Deux hypothèses s’offrent donc à nous : soit nous sommes en pénurie de médecins depuis 10 ans (ce qui est vrai pour certaines spécialités médicales), soit le problème principal est liée à une mauvaise répartition de la population médicale sur le territoire français.

Nous allons vérifier cette hypothèse en prenant comme exemple la médecine générale grâce à quelques petits calculs. Mais avant, quelques informations sont à donner pour bien cadrer la démonstration :

  • Moyenne de consultation d’un médecin généraliste par les patients : 4,5 fois par ans
  • Nombre de jour de travail pour le médecin : 220 jours par ans

Grâce à ces informations, nous pouvons monter le tableau suivant :

 

Ce tableau est assez édifiant. Cependant, il faut noter deux choses. La première, ce sont des moyennes qui ne reflètent pas complètement la réalité, notamment au niveau du temps de consultation. Certaines peuvent ne durer que 10 minutes quand d’autres durent 1 heure. De plus cela ne prend pas en compte les déplacements ni les différents désagréments du quotidien. Cependant, on voit ici qu’au final, si la réparation des généralistes était parfaite, il y aurait largement assez de médecins et de temps de soin pour tous. Même si l’on double le nombre d’habitant pour 1 médecin. A noter que cela vaut pour les médecins généralistes, mais pas forcément pour les spécialistes. En effet, certaines spécialités sont dans le même cas que les généralistes alors que d’autres manquent cruellement d’effectif, ce qui n’est absolument pas le même problème.

De ce fait, on peut justement affirmer que le problème des déserts médicaux, des délais d’attentes et des difficultés d’accès aux soins ne sont pas reliant au nombre de médecins, mais à leur répartition sur le territoire français. Se pose maintenant la question de la raison de cette mauvaise répartition. Et la réponse a apporté est constituée de plusieurs points :

  • Les déserts médicaux des zones rurales où l’Etat a supprimé, petit à petit, ses structures. Hôpitaux de campagne, écoles, bureaux de poste etc. En effet, les déserts médicaux sont avant tout des déserts étatiques. De ce fait, ces régions deviennent de moins en moins attrayantes. Et pas que pour les médecins. Ce qui ne pousse pas à l’installation dans ces zones. De plus, la création d’immenses pôles de santé régionaux contribue grandement à la fermeture des petites structures médicales et aspirent les jeunes diplômés.
  • Les conditions de travail ont ici aussi un fort rôle dans cette répartition disproportionnelle des médecins. La nouvelle génération ne tient pas spécialement à travailler de la même façon que ses prédécesseurs. En effet, les jeunes médecins ne veulent plus subir la même pression que leurs paires ni tenir le même rythme de travail. Avoir une vie de famille, pouvoir profiter un peu, ne pas rester cloîtrer dans son cabinet 12h par jours 6 jours sur 7, voila à quoi aspire la nouvelle génération de soignant. Et quand on voit les taux de dépression et de suicide, nous sommes tentés de penser qu’ils n’ont pas vraiment tort. Et cela est principalement dû à la double étiquette portée par les médecins libéraux notamment. En effet, ils sont libéraux et peuvent s’installer où ils veulent. Mais plus le temps passe et plus l’Etat tente de leur mettre des barrières, les assomme d’administratif et leur demande de faire comme s’ils étaient fonctionnaires, sans en avoir les avantages. Ce décalage entre le statut de médecin libéral et l’attente qu’on en a est un gouffre de plus en plus important, ce qui ne pousse pas les jeunes à s’installer. Et encore moins dans des déserts médicaux.
  • Enfin, la dernière problématique est celle du / de la conjoint-e (s’il y en a un/une) qui doit pouvoir travailler aussi, ce qui semble plus difficile au sein de ces espaces se vidant doucement.

 

En conclusion, si aujourd’hui nous ressentons déjà les effets d’un manque de médecins induit principalement par une mauvaise répartition sur le territoire, qu’en sera-t-il quand 35% de ces professionnels de santé vont partir à la retraite ? Qu’elles vont être les conséquences de ces deux facteurs réunis ?

La première est bien entendu l’engorgement de plus en plus prenant des services hospitaliers. Tous les patients ne trouvant un médecin libéral près de chez lui devront forcément se diriger vers l’hôpital le plus proche et se retrouveront au service des urgences, alors même que leur cas n’en est pas une.

La deuxième conséquence va être un renoncement aux soins de plus en plus important de la part de la population. En effet, dans 5 ans 76.000 médecins ne seront plus en activité. De ce fait, les phénomènes décrits plus haut vont s’accentuer comme les délais pour un rendez-vous médical qui vont (encore) s’allonger.

L’accès aux soins va donc être grandement réduit pour une partie de la population. Même citadine. En effet, ce phénomène ne se voit pas que dans les zones rurales et/ou reculés, mais même en ville où certain quartier ne comporte plus un seul médecin.

La solution que nous voyons est simple et en même temps très complexe. Il faut rendre à ces territoires de l’attractivité en y replaçant des infrastructures étatiques, des écoles, des postes, des hôpitaux de campagnes. Il faut faire en sorte que les médecins se tournent à nouveau vers le libéral et vers les déserts médicaux. Et pour cela ce n’est pas la force qu’il faut utiliser sinon, au vu de la colère et du mal-être des soignants, nous risquons des vagues de déconventionnèrent, ce qui nous placerait dans une situation encore pire que l’actuelle.

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